Désamorcer la manipulation, le fil rouge d’une vie.
Les manipulateurs sont parmi nous¹. On les appelle « personnalités toxiques »², « serpents en costume »³, « dominants »⁴, « sale cons »⁵ ou « pervers narcissiques ». Ils sont partout, attirés comme un papillon de nuit par la lumière du pouvoir, animés par le rapport de force, prêts à tout pour régner sur ce qu’ils considèrent être leur fief. « Ils » ou « elles » ou « iels », bien entendu, sont : le « boss ».
Nous y sommes toutes et tous confrontés. Qu’on le veuille ou non. Et ce, depuis la nuit des temps quand, dans nos clans d’une vingtaine d’individus, il nous fallait un leader. Un individu qui se posait en chef. Qui faisait la loi, généralement celle du plus fort. Et nous le suivions, souvent aveuglément. Son charisme ou la crainte qu’il inspirait (ou les deux) suffisaient à disqualifier toute rivalité.
Pourquoi moi ?
J’en ai croisé quelques-uns. Ils m’ont coûté cher, les bougres !
- Comme mon ancien chef scout un peu trop proche de nous, qui a fini par faire deux ans de prison, tout de même.
- Comme mon oncle, paix à son âme, vraiment, qui s’était donné pour mission de s’occuper de l’éducation intime de tous les garçons de la famille.
- Comme, dans une moindre mesure, ce prof de chimie qui faisait planer dans la classe une ambiance des plus malaisan tes, ou ce collègue qui n’en ratait pas une pour humilier quelqu’un à table, ou cette ex qui se posait en victime et culpabilisait tout le monde.
Tout ça avec une seule motivation : que les choses se passent comme ils veulent, avec accès à certains privilèges qui leur reviennent, à leurs yeux, de droit.
Sans empathie. Sans contrepartie.
Je me suis fait avoir, enfant, ado, jeune adulte. Systématiquement. Parce que j’étais mignon ? Conciliant ? Sympa ? Timide ? Un peu de tout, peut-être.
Mais moi, je me demandais surtout : « pourquoi moi ? »
De romancier…
Et surtout, qu’en faire ? Parce que toute expérience est formatrice. Au final, j’ai aussi développé des antennes et une envie profonde de changer les choses.
Quand l’opportunité d’écrire mon premier roman s’est présentée suite au naufrage de l’Erika et au scandale de la gestion de la marée noire (1999–2002), j’ai trouvé ma mission. Écrire des thrillers avec une ligne directrice claire : « Dans un monde où l’argent est la valeur cardinale, voici un florilège de déviances comportementales… »
Je visais à mettre en lumière toutes ces déviances. En quoi les manipulateurs sont-ils « déviants », demanderez-vous ? Parce qu’ils ne jouent pas le jeu du groupe. Tant qu’ils y gagnent, rien ne les arrête… et s’ils y perdent, ils s’arrangent pour faire porter le chapeau par d’autres… ça ne vous rappelle personne, vraiment ?
Nous sommes, en tant qu’êtres humains, des « mammifères sociaux », qui vivons en groupe et dont la survie dépend, depuis la nuit des temps, de la confiance et de la cohésion de ce dernier. À la préhistoire, nous accordions notre confiance à celui qui veillait sur nous pendant notre sommeil et protégeait le clan des bêtes sauvages. Nous savions qu’être rejeté du clan, c’était s’exposer à la mort. Sur cette base, entre autres, nous avons développé des règles pour bien vivre ensemble.
Sauf que les manipulateurs estiment qu’elles ne s’appliquent pas à eux. Qu’ils sont « au-dessus des lois ». Que leurs objectifs individuels n’ont pas à s’aligner sur les objectifs collectifs.
À expert des stratégies relationnelles et de la gestion des comportements toxiques
Tout ça — ce positionnement instinctif au sein du groupe, cette manière hiérarchique de voir les choses — je l’ai expliqué dans Le management toxique, qu’on m’a proposé d’écrire en 2013.
Un livre d’auto-coaching où, guidé par Chantal Vander Vorst, j’ai eu l’occasion de poser les bases théoriques du modèle, largement inspiré par les travaux de Jacques Fradin (nous y reviendrons dans d’autres articles).
J’ai repensé à mon chef scout. À mon oncle. J’ai mieux compris. Ça m’a permis de faire la paix avec moi-même et de m’extirper de pensées parfois lourdes.
Puis j’ai développé, au fil des années, une expertise dans la gestion des comportements difficiles et toxiques. Je suis devenu expert en stratégies relationnelles.
- Quand je coache un manager ou un dirigeant, on aborde le sujet de ce type de comportements dans plus de 80 % des cas.
- Selon moi, les relations humaines dégradées sont responsables de plus de 75 % des burn out.
Alors, il faut agir, informer, faire bouger les lignes…
À romancier de l’ombre et de la lumière
… Et proposer un remède. Des relations positives et réjouissantes. Plus de paix intérieure. Une estime de soi et une confiance en soi renforcées. Plus de sagesse au quotidien, de joie sans cause, comme disent les mystiques. Avec ça, on représente des cibles beaucoup moins alléchantes pour les manipulateurs.
Alors, j’ai continué à écrire des livres d’auto-coaching, comme Enfin libre d’être moi ou Merci Mon Stress !. Puis commencé à écrire des romans initiatiques, la collection Semeurs de Cœurs, avec un pitch diamétralement opposé à celui des thrillers : « Et si vous mettiez un milligramme d’amour en plus dans chacun de vos gestes, chacune de vos paroles, quel effet cela aurait-il sur le monde ? »
Alors : romancier de l’ombre avec les thrillers ou romancier de la lumière avec les romans initiatiques ? Pour moi, lutter contre les ténèbres et apporter de la lumière, c’est la même démarche. Les deux pôles se renforcent. Comme on dit : c’est au milieu des ténèbres qu’on voit le mieux la lumière.
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Semeurs de Cœurs et Semeurs de Givre sont deux des quatre collections de Patchenco Éditions.
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Avec Amour et Joie,
Patrick Collignon
Fondateur de Patchenco Éditions — Éditeur et écrivain
Références
¹ Nazare-Aga I. (1997). Les manipulateurs sont parmi nous. Éditions de l’Homme.
² Collignon P. et Vander Vorst C. (2013). Le management toxique. Éditions Eyrolles.
³ Babiak P. et Hare R. (2006). Snakes in suits. HarperBusiness.
⁴ Fradin J. et Lefrançois C. (2014). La thérapie neurocognitive et comportementale. De Boeck.
⁵ Sutton R. (2007). Objectif Zéro-Sale-Con. Vuibert.