« Ce que vous désirez vous possède déjà. » C’est la tagline de mon nouveau thriller, SexOD, à paraître prochainement au sein de notre collection des Semeurs de givre.

Elle frappe, parce qu’elle est vraie, tout simplement…
Si vous connaissez le souhait le plus cher d’une personne.
Si vous avez cerné son manque le plus criant.
Si vous avez décortiqué son système de valeurs.

Elle devient parfaitement manipulable. Nous sommes affreusement prévisibles.

Un monde de désir

« Le marketing, c’est créer chez des gens des besoins qu’ils n’ont pas. » Cette formule, c’est une élève de 11 ans qui me l’a sortie, lors de la présentation de son chef-d’œuvre. C’était il y a longtemps, mais elle m’est restée. Tellement bien dit.

Des besoins qu’on n’a pas forment le lit de nos désirs, qui nous poussent à l’action. Pour l’écriture de mon livre Heureux si je veux (Éditions Eyrolles, 2015), je me suis penché de plus près sur le cycle du désir. Il est fascinant.

L’énergie du désir n’est pas figée, elle évolue en fonction d’un cycle que l’on peut scinder en quatre étapes :

  • L’imagination. Nous visualisons notre désir et anticipons sa réalisation.
  • L’attente. Nous attendons la réalisation du désir en vivant des émotions variées et contradictoires : l’impatience durant l’attente, la joie anticipée de la réalisation, l’angoisse du résultat, la déception ou la frustration lorsque nous percevons des signaux indiquant que la réalisation n’aura pas lieu comme nous l’avions imaginée.
  • La réalisation. Nous prenons plaisir à voir notre désir être réalisé. Le désir disparaît finalement assez vite.
  • La frustration. Les émotions liées à l’imagination, l’attente ou la réalisation se sont effacées. La routine s’installe. L’ennui aussi, parfois. Le désir d’un autre désir apparaît, qui relance le cycle sur un autre objet, plus désirable encore.

Exemple ? Vous rêvez d’une voiture de sport. Vous vous imaginez la conduire. Vous travaillez dur pour vous l’acheter. Ça prend du temps. Ça demande beaucoup d’efforts. Puis vous vous l’offrez. Le premier jour, vous planez sur la route tellement c’est bon. Deux semaines plus tard, c’est juste votre voiture. Un mois plus tard, vous vous dites que, franchement, ils auraient pu l’équiper d’un coffre plus volumineux… Et vous commencez à désirer une voiture de sport avec un grand coffre. Ou alors, vous rêvez d’une position de pouvoir… D’un nouveau conjoint… etc.

Qu’êtes-vous prêt·e à mettre en œuvre pour réaliser vos désirs ?

Vos désirs parlent de vous

Pourquoi désirer une voiture de sport alors que la vitesse sur autoroute est limitée à 130 km/h, vitesse qu’atteignent toutes les voitures neuves ? Pour le statut social qui en découle. La plupart des gens adorent se montrer à leur avantage.

Pourquoi vouloir être en couple ? « Et bien, pour être aimé·e, évidemment. »

Pourquoi lorgner sur la position de votre N+1 ou s’inscrire comme candidat à la mairie ? Parce que le pouvoir exerce sur vous une attraction irrésistible.

Pourquoi avez-vous envie de manifester pour l’égalité des droits ? Parce qu’on vous a appris à défendre vos idées, et vous le faites avec plein de gens qui pensent comme vous, et c’est ça qui est génial.

Pourquoi lire tous les journaux ou rester à scroller pendant des heures sur les réseaux sociaux ? Parce qu’obtenir des informations sur notre environnement est un réflexe archaïque.

Et, à chaque fois, vous plongez dans le piège de vos désirs.

Et ma récompense ?

Car à chaque fois, vous vous récompensez tout·e seul·e. Vous n’y pouvez rien. Notre cerveau fonctionne comme ça. À chaque fois que nous accomplirons cinq catégories d’action — manger, se reproduire, acquérir du pouvoir, obtenir des informations sur notre environnement et le faire en effectuant un minimum d’efforts — notre cerveau sécrète une dose de dopamine dont l’intensité correspond à l’intensité du stimulus, ce qui produit l’intensité du plaisir ressenti.

Sous un seuil, comme trouver une fraise des bois dans la nature : pas de dopamine. Mais au-delà du seuil, comme trouver un pommier : dopamine. Par contre, s’il y a un seuil, il n’y a pas de plafond : jamais la nature n’aurait pensé que nous aurions de la nourriture à profusion ou qu’une société surinformée pourrait mener à l’infobésité (contraction de « information » et « obésité »). Structurellement, notre cerveau n’a pas changé depuis 200 000 ans…

Le cycle sans fin du désir, nous le vivons à coups de dopamine, comme l’explique très bien Sébastien Bohler dans son livre Le Bug Humain (Robert Laffont, 2019).

Ça nous rend infiniment prévisibles…

Ça fait froid dans le dos

Et s’il existait un système, fabriqué par des personnes peu scrupuleuses, qui modulait directement trois catégories d’inputs dopaminergiques : le sexe, le sentiment de pouvoir et les informations.

À votre avis, qui y résisterait ?
À votre avis, les utilisateurs de ce système seraient-ils manipulables ?
C’est exactement l’hypothèse de travail de mon dernier thriller, SexOD — « ce que vous désirez vous possède déjà ».

Le Crowdfunding pour SexOD est lancé, n’hésitez pas à nous soutenir => Je participe 

Avec Amour et Joie
Patrick Collignon
Éditeur et écrivain